Nous sortons de 3 canicules longues et intenses, alors que nous ne sommes que mi-juillet. La France a connu sa journée la plus chaude jamais enregistrée le 23 juin. Nous avons tous vu ces cartes météo avec des températures de plus de 41 degrés à Rennes, en Bretagne ! Ici en région parisienne, les températures ont oscillé entre 35 et 39 degrés plusieurs jours d’affilée. Les nuits, elles ne descendaient pas en-dessous de 24 degrés, rendant impossible le rafraîchissement des logements par aération nocturne. Les feux de forêts apparaissent désormais dans la moitié nord du pays. Celui de la forêt de Fontainebleau nous a marqués ici en Ile-de-France, région qui se pensait peut-être préservée.
Les conséquences pour le quotidien sont directes. On dort mal et on se sent fatigué. Les établissements scolaires ont vu les températures grimper dans les classes au point de rendre les conditions difficilement supportables. Beaucoup d’évènements publics ont dû être annulés. On a tous ces vus ces reportages TV sur des gens qui ont dormi dans leurs garages ou leurs caves, parfois à l’hôtel climatisé du coin. Plus grave, des gens meurent de la canicule : on ne mesure pas encore bien leur nombre à cette heure. On peut penser qu’on parle de milliers de morts… les chiffres plus précis seront communiqués prochainement.
Cet été 2026 sera t’il vu en France comme un « Pearl Harbor climatique » ? Par cette image, je fais référence à l’attaque surprise de l’armée japonaise contre les américains en 1941. Cette attaque avait tellement sidéré les américains qu’elle provoqua leur entrée dans le conflit mondial déjà en cours. Ils prenaient subitement conscience de la menace qui pesait sur eux, et convertissait rapidement et massivement leur économie à l’effort de guerre. Alors cet été 2026 sera t’il pour nous la prise de conscience subite que le réchauffement climatique nous menace directement ? Et qu’il nous faut « entrer en guerre » pour préserver notre climat, décarboner et nous adapter ? Il faut le souhaiter.
Il faut rappeler que nous ne sommes qu’à 1,4 degrés de réchauffement planétaire par rapport à l’époque préindustrielle. Et les scénarios « intermédiaires » du GIEC annoncent le chemin de +3 degrés au niveau planétaire pour le moment si on n’agit pas sérieusement. Décarboner est une urgence, l’adaptation aussi. Mais il faut être lucide : le climatologue Jean Jouzel a dit récemment : « on ne pourra pas s’adapter à +3 degrés, c’est faux ! »
Ma prise de conscience de la menace du réchauffement climatique remonte au sommet de la terre à Rio de Janeiro en 1992. J’étais adolescent. Je me souviens des médias qui couvraient largement ce sommet, avec les premières alertes des scientifiques sur l’impact des activités humaines sur le climat. Le 1er rapport du GIEC avait été publié 2 ans plus tôt. Plus tard, ma prise de conscience a progressé par la lecture de la presse, les précisions apportées régulièrement par le GIEC, les films « Home » (Yann Arthus-Bertand) et « Une vérité qui dérange » (Al Gore), la COP21 à Paris, etc. Comme beaucoup de gens, je cherchais ce que je pouvais faire à titre individuel : réduire mon usage de la voiture au profit du train ou du vélo, renoncer à l’avion, réduire ma consommation de viande, acheter d’occasion, etc. Puis je commençais à m’investir dans des associations de promotion du vélo. Et enfin, je franchissais l’étape de l’investissement dans la politique et les élections, pour entrer dans les institutions démocratiques et peser sur les choix collectifs.
Comme beaucoup de gens sensibles à cette question du climat, je suis un peu amère aujourd’hui, voire en colère. J’ai cette fâcheuse impression que les alertes multiples et répétées des scientifiques n’ont pas été entendues, depuis 35 ans ! Contrairement à ce qu’on entendait souvent, je n’ai jamais cru que la prise de conscience était vraiment massive et acquise : les actions de la plupart des politiques le montrent bien. On a préféré tendre le micro aux climato-sceptiques comme Claude Allegre, on a inventé le concept « d’écologie punitive » pour expliquer qu’il ne fallait surtout rien faire, on a laissé prospérer les lobbys qui ont intérêt à ce que rien ne change, on a enterré les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, etc.
Je me dis souvent que dans quelques décennies, on apprendra dans les livres d’histoire pourquoi l’humanité savait tout du réchauffement climatique et ce qu’il fallait faire pour l’éviter. Et pourquoi elle ne l’a pas fait… ou bien tard. J’ai ce sentiment pénible que l’être humain ne réagit que quand il est au pied du mur. Alors oui, j’espère que cet été 2026 sera une sorte de « Pearl Harbor climatique » de la France. Pour qu’on entre enfin « en guerre » pour la défense de notre climat et de notre survie.

Très bel article.
Merci Maxime, je le sens moins seule en te lisant !